Vers une Finance écologiquement « responsable »

Mots-clés : Banque digitale, développement durable, Green bonds

Face aux enjeux climatiques et l’importance grandissante du développement durable aux yeux de leurs clients, les banques ont été contraintes de s’adapter à cette nouvelle donne en intégrant des considérations d’ordre sociale et environnementale, aussi bien dans le design de leurs produits/services, que dans leurs stratégies marketing et communication.
En effet, les banques ont opté pour une numérisation de leurs services dès les années 80. Depuis, nous avons assisté à une révolution dans la relation banque-client où l’interface avec notre banquier est devenue notre téléphone portable, ou notre écran d’ordinateur, avec lequel nous pouvons communiquer 24/24 et 7/7. D’où le concept de “Digital Banking“.

Pure players

Exclusivement en ligne, ces banques (néo-banque, banque en ligne, banque digitale, banque virtuelle) commercialisent tous leurs services à travers des canaux numériques : applications mobiles et site web. Autrement dit, pas d’implantation physique destinée à l’accueil de la clientèle. La transaction est, non seulement à distance, mais en ligne en temps réel, sans aucun échange d’information sur support papier. Ce qui se traduit par des conséquences écologiques très positives et palpables atténuant la dégradation environnementale causée par le modèle traditionnel. En effet, les agences bancaires physiques consomment énormément d’électricité (différents appareils informatiques, éclairage, les postes de chauffage, la climatisation…), mais aussi d’eau pour les sanitaires. Et par conséquent, un impact direct sur l’environnement. Sans parler des déplacements récurrents des clients pour la gestion de leurs comptes bancaires au quotidien. Par conséquent, ces clients ont adhéré facilement à ces innovations compte tenu de la facilité d’utilisation et leur prise en compte des exigences de protection de l’environnement et d’économies d’énergie dans leurs décisions d’achat. Constat confirmé par le cabinet Deloitte, puisque 27 % des français n’ont fait aucune utilisation des services bancaires dans leurs agences en 2016 .

Les cartes bancaires écologiques

Toujours soucieuse de redorer leur blason et leur réputation tachetée par l’obsession de gagner encore plus sans scrupule, et soigner leur image auprès de la clientèle sensible à la question de l’environnement, les acteurs de la monétique, y compris les banques, ont songé à mettre en œuvre des cartes bancaires écologiquement responsables. Ce qui implique de remplacer le plastique de base par des matériaux moins polluants et plus faciles à recycler, voire fabriquer des cartes en plastique recyclable.

Plus concrètement…

La banque belge NewB a conçu une carte de paiement répondant à la fois à plusieurs impératifs : éthiques, écologiques et économiques. Il s’agit de la GoodPay Prepaid MasterCard fabriquée à partir de résidus de maïs, donc biodégradable. Mesurant l’impact environnemental des achats réalisés, elle ne permet de dépenser que le solde réel, sans possibilité de passer débiteur. En outre, pour chaque transaction réalisée, cinq centimes sont versés à une bonne cause. Une vraie incarnation du développement durable et la possibilité d’allier ses trois piliers fondamentaux.

Le Maroc à l’ère des cartes écologiques

Le Maroc n’est pas en reste sur ce créneau. En effet, la carte bancaire  » C’Bio  » de la SGMB est fabriquée à partir du plastique végétal permettant ainsi, à tous ses clients de contribuer, de manière directe et indirecte, à la protection de l’environnement.
La BMCI, a pour sa part, été la première banque à décrocher le label RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) de la CGEM en 2014. A titre d’exemple, la BMCI propose des  » packs verts  » à ses clients avec des conditions avantageuses pour accompagner les acteurs souhaitant investir dans des projets à caractère écologique. Dans un autre registre, la banque propose des cartes bancaires composées de 90% de produits biodégradables.

Green bonds

Marché à croissance exponentielle, la finance « verte » ou « durable » est censée aider à accélérer la transition énergétique par le biais de nouveaux mécanismes de financement tels que les « Green bonds ». Ces derniers sont émis, par une entreprise, une entité publique, des banques…sur les marchés financiers dans le dessein de financer des projets contribuant à la transition écologique et la préservation de l’environnement. La différence par rapport aux obligations classiques porte sur deux points. D’une part, l’émetteur s’engage sur l’usage précis des fonds récoltés qui doit porter sur des projets ayant un impact favorable sur l’environnement. D’autre part, sur la publication annuelle d’un rapport rendant compte aux investisseurs de la bonne marche de ces projets.

Utilisation des Green bonds

Ces obligations vertes ont un impact direct et indirect sur l’environnement et la protection des ressources naturelles à différents niveaux. Ainsi, les projets ayant un impact sur le réchauffement climatique, autrement dit sur les émissions de carbone  » Climate bonds « , n’ont pas les mêmes prérogatives que les  » water bonds « . Ces derniers se focalisent plus sur la gestion des ressources rares comme l’eau. Les Pays-Bas, par exemple, ont émis ces obligations pour financer l’adaptation à l’élévation du niveau des eaux, sans impact sur les émissions de carbone. Dans le registre de l’équité sociale, les  » Social bonds « , tiennent plus au financement des projets ayant un impact social, sur la vie des communautés. Par exemple des projets facilitant l’accès à l’école, soutenant des campagnes de vaccination ou encore la création d’emploi dans les zones enracinées dans la précarité et victimes d’un certain oubli et laxisme de la part des autorités politiques et économiques.

Exemples de Green bonds marocains

A l’instar des cartes bancaires écologiques, le Maroc, toujours inspiré par la cause de l’environnement, ne s’est pas laissé dépasser par les événements. En effet, après l’Agence marocaine pour les énergies renouvelables (Masen) qui a effectué une émission de « green bonds » de 100 millions d’euros. La BMCE Bank of Africa, a réservé, de sa part, 500 millions de dirhams au financement des projets exclusivement dédiés à la production d’énergie renouvelable et l’amélioration de l’efficacité énergétique.

Par : Marouane MOUFAKKIR

Gestionnaire des flux monétaires chez le crédit agricole du Maroc